Les visions du monde dans chaque système (relation d’aide, PRD, gestion et juridique) se traduisent dans un discours. La définition du terme « discours » inclut notamment : « ensemble des manifestations verbales ou écrites d’une opinion ou d’une idéologie »[1]. Le discours d’un système exprime donc une vision du monde, une philosophie, des croyances et des perspectives. Il s’agit de l’expression, verbale ou écrite, utilisée pour désigner les enjeux, les préoccupations et les problématiques à partir d’une perspective ou d’un système de connaissances particulier et spécialisé.
Pour une qualification interdisciplinaire de la problématique
Dans tous les systèmes, il y a des malaises, des différends, des conflits, des problèmes et, potentiellement, des litiges. Or, chaque système se spécialise dans la résolution ou le règlement d’un type de difficulté. Toutefois, il importe de rappeler l’interrelation entre ces types de difficultés qui émergent souvent simultanément dans des situations qui se sont cristallisées et complexifiés avec le temps. Ces situations conflictuelles se sont souvent malheureusement envenimées faute d’intervention précoce.
Devant un ensemble de difficultés, il s’avère opportun de qualifier la problématique en jeu. Dans les systèmes de résolution de conflits (relation d’aide, PRD, gestion et juridique), la problématique se traite généralement en silo dans la mesure où chaque différend est extrait du contexte dans une tentative de le gérer indépendamment des autres. En effet, le code d’une discipline devient la lorgnette par laquelle l’expert.e identifie, qualifie et intervient par rapport à des enjeux. Or, la connaissance structure l’esprit. La discipline induit des codes, des discours et des présupposés qui prédéterminent le conflit. Devant une problématique complexe, il importe de voir l’objet en jeu, mais aussi l’ensemble de la situation et du contexte dans lequel il s’inscrit.
L’objectif des MISC consiste à mieux définir et qualifier les différentes difficultés dans une approche holistique et participative qui intègre tous les acteur.rice.s susceptibles d’apporter des changements et de contribuer à leur résolution. Les interventions exigent alors le recours à plusieurs discours, à des formes d’accompagnement professionnel qui font appel aux univers en fonction des contextes et des environnements. Dans cette approche, il faut inventer des approches séparées, concomitantes, formelles et informelles, simultanées ou espacées dans le temps.
La difficulté provient du fait que dans tous les milieux, très peu de personnes susceptibles de résoudre des différends possèdent les connaissances et le recul nécessaire pour identifier la problématique dans son ensemble. Cette contrainte s’accentue par la surspécialisation qui entraine une identification à travers le prisme d’un seul système, d’un seul discours et d’une seule finalité. L’approche interdisciplinaire favorise une qualification des enjeux dans la mesure où elle permet de concevoir la problématique de manière plus globale tout en identifiant ses multiples facettes.
Le propre de ces problématiques réside dans la difficulté réelle de définir toute la complexité qu’elles comportent. L’intervenant.e délimite le problème pour mieux intervenir. Cette qualification elle-même limite le champ d’intervention en contraignant la problématique à entrer dans une perspective prédéterminée et restreinte. Cette réalisation conduit à des insécurités certaines pour les intervenant.e.s spécialisé.e.s dans des systèmes précis.
Dans les équipes interdisciplinaires, le statut social des professions s’impose dans une hiérarchie parfois occulte, mais sournoisement efficace. Dans le cadre de la résolution de problématiques, il importe d’être conscient de cette structure et de transformer profondément ce paradigme. L’approche interdisciplinaire profite de la vision constructive qui consiste à mettre au cœur des préoccupations les personnes directement impliquées dans la difficulté et celles qui vont vivre au quotidien les conséquences des interventions. Dans cette perspective, l’expert.e n’est plus celui ou celle, souvent professionnelle, qui est le produit de la connaissance et qui applique son expertise savante. Au contraire, l’expert.e véritable s’avère insoupçonné.e dans la mesure où il est d’abord et avant tout la personne qui vit les difficultés.
Dans ce contexte, la notion d’empowerment devient fondamentale puisqu’elle repose notamment sur la conviction de la capacité des personnes de mieux savoir ce qui leur convient et de s’engager avec détermination. Or, l’empowerment présuppose également que ces personnes seront soutenues, appuyées et accompagnées dans leur quotidien par des expert.e.s externes ou internes au milieu et par les collègues, qu’ils soient ou non en position d’autorité, ainsi que par la famille, les ami.e.s et les membres de l’entourage. Dans ce changement de paradigme, l’expertise professionnelle essentielle se manifeste au soutien des besoins exprimés par les protagonistes au conflit dans un rapport de partenariat par opposition à une imposition hiérarchique d’un « remède », issu d’un savoir expert préconçu comme étant supérieur.
[1] Antidote 9 sous « discours ».